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Les vagues

J’ai achevé Les vagues, de Virgina Woolf, dans une édition Gallimard qui regroupe plusieurs de ses romans et essais, ainsi que des extraits de son journal. Le tout précédé d’une biographie détaillée, complétée par bon nombre de photos. Autant dire que ce fut une immersion globale dans l’univers de l’écrivaine.





« Les fleurs, brûlant leurs disques brillants au soleil, détournaient sa lumière quand le vent les agitait, et alors quelques têtes trop lourdes pour se relever se courbaient légèrement.
Le soleil de l’après-midi chauffait les champs, déversait du bleu sur les ombres et rougissait les blés. Un vernis profond comme une laque se déversait sur les champs. Charrette, cheval, corbeaux en bande – tout ce qui s’y déplaçait était enrobé d’or. Si une vache bougeait la patte, elle soulevait des vaguelettes d’or rouge, et ses cornes semblaient ourlées de lumière. »

Comment parler de ce roman ? Le rythme, la construction sont très particuliers : il s’agit d’une sorte de longue litanie, de discours intérieur où se relaient six personnages. Parfois ils échangent et construisent ce discours ensemble, parfois l’autrice les écoute à la suite, dans une ronde toujours répétée de leur monologue. Le tout entrecoupé de passages narrés par la voix de l’autrice, décrivant une journée sur un paysage où les vagues battent le rivage, en interlude de cette litanie de vie. Ces scènes (dont l’extrait ci-dessus) sont narrées dans un ralenti presque intemporel, tandis que le temps de vie des protagonistes s’écoule de la jeunesse à la vieillesse.
Virginia Woolf avait tout d’abord imaginé intituler son récit Les phalènes. Ces insectes devaient jouer le rôle de fil directeur. Elle y a renoncé en réalisant que les phalènes sont des insectes nocturnes et ne pourraient pas tenir le rôle omniprésent qu’elle leur destinait.
L’écriture est poétique à l’extrême, brillante et précipitée, presque automatique comme toujours chez l’autrice. Elle suit le flot de la conscience, ses rebonds, ses fuites, ses retours en arrière. Ce texte est une pépite de toute beauté et une plongée dans l’âme humaine éblouissante. Chaque portrait éclaire cette âme d’un jour différent. Le rythme et les images dégagent quelque chose d’hypnotique, de puissant. L’éternel retour au paysage et aux vagues, aux mouvements naturels laisse rêver à l’inconstance, au temps, à la fragilité de la vie, au recommencement dans une de ces « transparences où l’on voit tout ».

Est-il utile de préciser à quel point j’ai adoré cette lecture ?

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